Jeudi 9 Septembre 2010

Surdité et travail

DIX QUESTIONS QUE VOUS DEVRIEZ PEUT-ÊTRE VOUS POSER
Par Geneviève Lalande et Mathieu Hotton, audiologistes

Dans une ère de productivité comme celle dans laquelle nous vivons présentement, la surdité peut avoir un impact majeur sur l'accomplissement du rôle de la personne sur le marché du travail. Un questionnement s'impose sur la compatibilité entre les capacités auditives et communicationnelles de la personne malentendante et les exigences d'écoute et de communication de son emploi. Ce questionnement doit tenir compte des contraintes liées à l'environnement physique et humain de la personne malentendante. Nous vous proposons ici quelques pistes de réflexion pour vous aider à voir l'impact réel de votre surdité sur votre travail et à trouver des solutions pour vous permettre d'être fonctionnel professionnellement.

SUIS-JE CAPABLE D'EFFECTUER TOUTES LES TÂCHES REQUISES PAR MON EMPLOI?

Si oui, félicitations! Mais attention… il arrive trop souvent que des personnes malentendantes se fatiguent et s'épuisent, prenant les bouchées doubles et se chargeant de l'entière responsabilité de leurs problèmes de surdité et de communication. Soyez attentif à vos réactions et à celles de votre corps et apprenez à vous respecter.

SINON, QUELLES-SONT LES DIFFICULTÉS QUE JE RENCONTRE?

Par exemple : " Je dois effectuer plusieurs appels téléphoniques par jour et j'ai beaucoup de difficulté à comprendre ce que les gens me disent " ; " Je ne prends plus mes pauses parce qu'elles ne m'apportent plus autant de plaisir et de détente " ; " J'ai souvent des réunions d'équipe et j'ai de la difficulté à suivre les conversations " ; " Je ne m'implique plus autant qu'avant ".

DES ADAPTATIONS SONT-ELLES POSSIBLES À MON TRAVAIL POUR ME PERMETTRE DE SURMONTER CES DIFFICULTÉS?

Dans la plupart des cas, plusieurs adaptations sont possibles. Il peut s'agir de l'utilisation adéquate de prothèses auditives ou d'aides techniques (amplificateurs de téléphone, détecteurs de sonneries, systèmes d'amplification de salle, etc.), du réaménagement de l'espace de travail ou de l'utilisation de bonnes stratégies de communication de votre part, mais aussi de la part de vos collègues et de vos patrons. Il arrive toutefois que certaines assignations de travail soient trop exigeantes sur le plan de l'audition et de la communication compte tenu des capacités auditives de l'individu, ce qui pourrait être le cas d'un ambulancier ou d'un pompier par exemple. Dans des cas semblables, il se peut que la solution soit une réassignation ou un changement d'emploi. On arrive habituellement à cette conclusion après plusieurs tentatives d'adaptation infructueuses supervisées par des professionnels de la surdité.

EST-CE QUE LE BRUIT AMBIANT NUIT À MES CAPACITÉS D'ÉCOUTE ET DE COMMUNICATION?

L'ambiance sonore de la pièce où vous travaillez doit respecter un niveau de bruit inférieur à 40dBA et ne présenter aucune réverbération (écho). Les aires ouvertes sont souvent peu favorables à ces critères. Cependant, des paravents, du tapis et des rideaux permettent d'absorber les bruits. L'isolement des équipements informatiques et des autres sources de bruits (telles que les photocopieurs, les ventilateurs) est souvent préférable.

L'ÉCLAIRAGE EST-IL SUFFISANT POUR BIEN VOIR LE VISAGE DE MES INTERLOCUTEURS?

Aménagez votre bureau ou choisissez votre place de manière à bien voir le visage de votre interlocuteur. Il est possible d'ajouter des lumières dans certains locaux. Si vous êtes face à une fenêtre et votre interlocuteur dos à celle-ci, vous risquez d'être ébloui par la lumière et voir dans l'ombre le visage de votre interlocuteur.

EST-CE QUE J'UTILISE BIEN L'ENSEMBLE DES AIDES AUDITIVES QUI RÉPONDENT À MES BESOINS?

Assurez-vous de porter en tout temps une ou deux prothèses auditives bien ajustées à votre surdité pour utiliser au maximum vos restes auditifs. Vous pouvez utiliser un amplificateur de volume sur votre téléphone, ce qui vous permettra de régler l'intensité de la voix de votre interlocuteur pour un meilleur confort. L'afficheur, quant à lui, peut vous permettre d'avoir accès visuellement au nom et au numéro de téléphone de la personne qui appelle, données qui sont souvent difficiles à comprendre. Si vous n'entendez pas la sonnerie du téléphone, utilisez une lumière qui clignote pour vous en aviser.

MA SÉCURITÉ OU CELLE DE MES COLLÈGUES EST-ELLE REMISE EN QUESTION EN RAISON DE MA SURDITÉ?

Même avec l'utilisation de prothèses auditives bien ajustées, il arrive que la personne malentendante ne perçoive pas l'alarme d'incendie, l'avertisseur de recul d'un camion, le klaxon d'un chariot élévateur ou les appels à l'aide d'un collègue en difficulté. Certaines solutions sont possibles : une personne travaillant près de vous pourrait être chargée de vous avertir en cas d'évacuation générale, des lumières clignotantes ou des miroirs supplémentaires peuvent être installés sur certains véhicules ou machines, ou encore des amplificateurs de sonneries. Il est essentiel que vous soyez averti d'événements semblables, car il pourrait en aller de votre sécurité ou de celle de vos collègues. Il se pourrait aussi que vous ayez un jour à communiquer avec les services d'urgence (police, pompiers, ambulance). Assurez-vous d'être bien en mesure de le faire.

EST-CE QUE MES ATTITUDES ET MES COMPORTEMENTS FAVORISENT UNE BONNE COMMUNICATION?

Même en utilisant toutes les aides techniques possibles ainsi que les meilleures prothèses auditives sur le marché, il arrive très souvent que la communication avec les collègues en personne, en groupe et au téléphone reste difficile et ardue. Il est très important que vous utilisiez de bonnes stratégies de communication, par exemple, avertissez les autres de votre surdité, dites-le lorsque vous n'avez pas compris, restez calme et patient, trouvez des moyens pour récupérer l'information ratée (faites répéter ou reformuler), regardez la personne qui vous parle et demandez-lui de vous regarder, de parler moins vite et un peu plus fort, etc.

EST-CE QUE LES ATTITUDES ET LES COMPORTEMENTS DE MES COLLÈGUES FAVORISENT UNE BONNE COMMUNICATION ?

La surdité est considérée comme un problème de communication. Or, la communication implique toujours un minimum de deux personnes. Donc, on peut dire que la personne malentendante n'est pas la seule responsable d'une communication qui n'a pas fonctionnée. La personne entendante a aussi une responsabilité et c'est pourquoi il est important qu'elle soit au courant de votre surdité, pour pouvoir adapter sa communication. Informez les gens de votre milieu de travail de vos capacités auditives et montrez-leur comment ils peuvent vous aider. Certaines personnes accepteront, d'autres refuseront. Avec l'expérience, vous apprendrez " à qui " vous pouvez demander " quoi " et comment le faire. Pour obtenir la collaboration des gens de votre milieu, la clé demeure l'information.

AURAI-JE BESOIN D'AIDE POUR TROUVER DES RÉPONSES ET DES SOLUTIONS À TOUTES CES QUESTIONS?

L'équipe de réadaptation du Programme en déficience auditive pour adultes du Site Dominique-Tremblay de l'Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ) peut vous aider dans vos démarches d'adaptation au travail. Une évaluation multidisciplinaire de votre situation par des audiologistes, des orthophonistes, des psychologues et des éducateurs peut avoir lieu à votre demande. À la suite de cette évaluation, nous pouvons vous suggérer certaines solutions et vous soutenir dans leur application pratique. Dans certains cas, les adaptations nécessaires peuvent être subventionnées par des organismes gouvernementaux, ce vers quoi nous vous guiderons le cas échéant. Pour réaliser ces adaptations, nous collaborons souvent avec les centres d'emploi, tels que La Croisée dans la région immédiate de Québec ou les SEMO (services externes de main d'œuvre) dans les autres régions.

DOIS-JE DIRE À l'EMPLOYEUR QUE J'AI UNE DÉFICIENCE AUDITIVE?
Par Michèle Côté, conseillère en emploi, La Croisée

Que ce soit dans le cadre d'une démarche de recherche d'emploi ou dans l'occupation d'une profession qui comporte des tâches nécessitant des communications téléphoniques ou en personne avec la clientèle, ou encore du travail sur des machines avec signaux sonores, la personne malentendante se retrouve devant le questionnement suivant : dois-je dire à l'employeur que j'ai une déficience auditive?

La principale crainte qu'ont les gens à dévoiler qu'ils sont malentendants, c'est de perdre leur emploi ou encore d'être victimes de préjugés de la part de leurs collègues de travail et ainsi de se retrouver isolés. Or, il y a des conséquences à dissimuler ses difficultés de communication à un employeur. Par exemple, on observe qu'il y a souvent des malentendus entre les individus, car la personne qui n'a pas compris la consigne de son employeur exécutera son travail comme elle pense qu'elle doit le faire, n'ayant saisi qu'une parcelle de la conversation. Cette situation pourrait occasionner des coûts importants dans un contexte de production, s'il y a des erreurs qui s'en suivent. De plus, si l'employé ne fait pas ce que son employeur lui a exprimé, et que cette situation se répète de nombreuses fois, l'employeur peut également penser que son employé est entêté et qu'il ne cherche qu'à faire à sa tête. Bref, il lui prêtera de mauvaises intentions. Il développera petit à petit du mécontentement et des frustrations à l'endroit de son employé. Enfin, l'employé malentendant qui omet d'appliquer une procédure parce qu'il n'a pas entendu un signal sonore, peut être considéré comme incompétent par l'employeur et se faire congédier.

Il existe plusieurs avantages à mettre son employeur au courant de sa situation. Ce dernier ne développera pas d'attentes irréalistes envers son employé et ne lui demandera pas d'exécuter des tâches qu'il sait qu'il ne pourra pas faire en raison de sa surdité. Il prendra le temps de s'arrêter pour lui parler et le soin d'attirer son attention avant de s'adresser à lui. Il se placera face à lui pour lui parler et pourra vérifier sa compréhension du message. Évidemment, je vous présente le meilleur des mondes. Pourtant, il n'est pas rare d'observer de tels réajustements de la part de l'employeur une fois qu'il en est informé. Cependant, il est fort possible que vous deviez répéter souvent les mêmes choses et il ne faut pas penser que ce soit nécessairement par manque de respect ou de considération. Votre surdité n'est pas apparente et il y a une expression qui dit " chassez le naturel et il revient au galop ". Il est donc très important de le signifier à votre interlocuteur si vous n'avez pas compris ou bien de reformuler ce que vous avez compris afin de lui permettre de vous corriger, si votre compréhension n'est pas juste. Tous ces petits trucs, qui ne demandent pas tant d'efforts aux entendants, viendront réduire les malentendus et ainsi l'employeur ne prêtera pas de mauvaises intentions à son employé malentendant. Surtout, il ne le considérera pas incompétent parce qu'il fait des erreurs ou qu'il ne répond pas correctement à la question qui lui est posée. Par contre, l'employeur qui n'est pas au courant des difficultés de communication de son employé ne pourra pas s'ajuster et les malentendus et les erreurs commises par l'employé s'accumuleront jusqu'au jour ou l'employeur en aura assez et mettra fin à l'emploi de la personne malentendante. Cette dernière se trouvera ainsi privée de bonnes références de la part de son employeur, ce qui pourra la pénaliser dans l'obtention d'un prochain emploi.

Tout ceci étant dit, il n'en demeure pas moins qu'il est difficile d'évaluer s'il est préférable de se taire ou de mettre son employeur au courant de sa surdité. La peur du rejet nous glace et nous empêche d'aller de l'avant et de trouver des solutions à nos problèmes. Or, il existe un organisme qui peut vous venir en aide si vous vous posez la question. La Croisée "services aux personnes sourdes " offre des services d'aide à l'intégration au travail et au maintien en emploi des personnes sourdes ou malentendantes. Les conseillers en emploi de La Croisée évalueront vos besoins et dresseront avec vous un plan d'action visant à réduire vos difficultés face au marché du travail. Ils peuvent vous aider à faire un choix d'orientation professionnelle ou encore pour tout ce qui touche la recherche d'emploi, comme par exemple la rédaction de votre curriculum vitae, la préparation aux entrevues, la façon d'aborder le handicap avec l'employeur, etc. Ils peuvent également vous aider lors de l'intégration au travail et pour le maintien en emploi. En collaboration avec l'IRDPQ (site Dominique-Tremblay), ils peuvent adapter votre poste de travail, évaluer la possibilité avec votre employeur de réaménager vos tâches de travail afin que vous soyez moins limité dans l'exécution de celles-ci. Ils pourront également intervenir afin de sensibiliser l'employeur à votre surdité et parfois même afin de régulariser des situations problématiques qui s'avèrent attribuables à vos limitations et qui mettent en péril votre maintien en emploi. De plus, ils pourront également évaluer votre admissibilité aux programmes de subventions visant à favoriser votre intégration ou votre maintien en emploi.

Si vous ne savez que faire, si vous êtes anxieux et que vous vous sentez seul face à votre dilemme, n'hésitez pas à demander de l'aide. La solution est parfois toute simple et apporte souvent un soulagement pour vous et pour votre employeur.

Dire ou ne pas dire? Le choix vous appartient, mais vous n'êtes pas seul. Nous pouvons vous aider!

SERVICE D'INTÉGRATION AU TRAVAIL

La Croisée est un organisme à but non lucratif dont la mission consiste à offrir aux personnes handicapées physiques des services spécialisés d'aide à l'intégration en emploi. Ceux-ci s'adressent aux personnes qui présentent une déficience physique d'ordre motrice, organique, neurologique, visuelle, auditive ou un trouble du langage. Toute personne répondant aux critères d'admission peut obtenir des services d'évaluation de ses besoins, de l'orientation professionnelle, de l'aide à la recherche d'emploi, à l'intégration et au maintien en emploi.

La Croisée offre aussi des services aux employeurs tels que la sélection et la présentation de candidats, de l'assistance en entrevue de sélection, de la sensibilisation face au potentiel des personnes handicapées physiques, de la transmission d'information sur les programmes d'aide financière pouvant faciliter l'intégration en emploi des personnes handicapées, de l'accompagnement en entreprise lors de l'intégration et un suivi en emploi.

La Croisée, pour les gens de la Rive-Nord, ou le SEMO Chaudière-Appalaches, pour ceux de la Rive-Sud, sont financés par Emploi-Québec et sont complémentaires aux services dispensés par les centres locaux d'emploi. Leurs équipes sont composées d'intervenants (es) en main-d'œuvre qui possèdent une vaste expérience dans l'insertion au travail et l'assistance aux personnes handicapées physiques.

©AMQ - 2007
Dernière modification: 22 janvier 2007